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« Les nouvelles technologies sont une arme de guerre psychologique pour les djihadistes »


17/03/2017
Simon De Faucompret

Diffusion de vidéos de propagande, embrigadement à distance via les réseaux sociaux, organisation d'attentats par messagerie instantanée... Depuis le début des années 2010, les groupes djihadistes se sont emparé des outils numériques pour répandre leur idéologie à grande échelle. Entretien sur la question avec David Thomson, grand reporter à RFI et spécialiste du djihadisme.



David Thomson aux Assises du journalisme de Tours. Il participait au Salon du Livre avec son ouvrage "Les Revenants", et animait une conférence, "Au coeur du djihadisme." © Caroline Gardin
David Thomson aux Assises du journalisme de Tours. Il participait au Salon du Livre avec son ouvrage "Les Revenants", et animait une conférence, "Au coeur du djihadisme." © Caroline Gardin

Aujourd'hui, les acteurs djihadistes utilisent à leur compte les nouvelles technologies pour diffuser leur idéologie. Depuis quand cette tendance se confirme-t-elle ?
 
David Thomson : Il y a une année marqueur selon moi, c'est l'année 2012. Pour la première fois, le djihadisme sort de la confidentialité des forums, réservés à une poignée d'initiés, pour investir l'espace public d'Internet. Ce n'est qu'à partir de là que l'on voit des djihadistes poster sur leur propre page, en leur propre nom, des photos d'eux en armes, hilares. En 2012, on bascule dans autre chose.
 
Ce basculement ne concerne-t-il que des individus isolés ?
 
D.T : Non, bien sûr. L'arrivée sur les plateformes publiques comme Youtube, Dailymotion ou Facebook a permis de toucher un nouveau et plus large public. Mais cette propagande djihadiste s'est encore perfectionnée entre 2012 et 2013, encouragée par l'apparition de l’État Islamique (EI) en Syrie. C'est l'EI qui a inventé ce que j'appelle le « djihadisme viral », fondé sur une communication numérique de plus en plus sophistiquée et susceptible de s'étendre à un large public très rapidement. Le danger étant que les contenus dont nous parlons sont criminels et font l'apologie d'actes terroristes.
 
La diffusion par les djihadistes d'images de propagande destinées à envahir l'espace médiatique et provoquer la peur ne date pourtant pas de 2012. Le groupe Al-Qaïda utilisait déjà ce moyen de communication il y a vingt ans. Qu'est-ce qui a changé ?
 
D.T : En effet, les djihadistes ont toujours cherché à faire de la propagande, pour répandre la « bonne parole. » La volonté de communication est même ontologique au terrorisme. Ce qui est nouveau, c'est que les djihadistes sont aujourd'hui sortis de la clandestinité. Ils ont des usages d'Internet qui sont exactement les mêmes que tout le monde ! Ils utilisent Facebook, Twitter, WhatsApp sans se cacher.
 
Dans quelle mesure ces nouvelles technologies sont-elles une arme pour les groupes djihadistes ?
 
D.T : C'est une arme de guerre psychologique, assurément. Ayman al-Zawahiri [ancien bras droit de Ben Laden et actuel numéro 1 d'Al-Qaïda, ndlr] avait une phrase à ce propos, qui est restée célèbre dans les milieux djihadistes : « Le djihad médiatique, c'est la moitié du combat. » Et concernant l'EI, c'était même davantage ! Lorsque en 2014, l’État Islamique en Irak  et au Levant (EIIL) arrive aux portes de Mossoul en infériorité numérique, et que son ennemi [l'armée irakienne, ndlr] refuse de combattre et lui cède la ville en quelques jours, c'est en grande partie à cause de la propagande diffusée sur Internet a priori, qui a appuyé l'action militaire.
 
Et aujourd'hui, au vu du recul de l'EI au Moyen-Orient, quel est l'état des lieux de cette présence médiatique ?
 
D.T : Nous ne sommes plus du tout dans la situation dont nous venons de parler. En terme médiatique sur le web, il y a eu une fenêtre d'opportunité historique pour les groupes terroristes, et notamment l'EI, qui s'étend de 2012 à fin 2016. Aujourd'hui, la propagande djihadiste revient à la situation qui était la sienne avant 2012, c'est-à-dire une situation de clandestinité. Depuis le printemps dernier, l'EI est soumis à une pression militaire extrêmement forte et perd sa force d'attractivité, son statut de proto-État. Au point de devenir, ou redevenir, une guérilla d'insurrection.
 
Le djihadisme perd donc de l'influence en termes géographique et institutionnel, mais cela peut-il réellement léser son influence sur les réseaux sociaux ?
 
D.T : La menace ne disparaît pas. Elle mute, elle se transforme. Aujourd'hui, les djihadistes veulent par-dessus tout activer des sympathisants, qui sont très nombreux en France, pour passer à l'acte de manière sporadique sur le territoire national. Les Français ont compris aujourd'hui que le terrorisme faisait partie de leur quotidien, pour longtemps. Pour autant, la menace se stabilise, notamment car l'EI décline militairement. L'engouement médiatique pour l'idéologie djihadiste n'est plus aussi vif que ces dernières années.


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