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Dessine-moi l'information


27/02/2016
MATHIEU CHARRE

Les raisons sont aujourd'hui multiples pour expliquer la diminution des temps de consommation de l'information. Facilité d'accès aux contenus, diversité de l'offre, développement des médias numériques ou encore rapidité des flux de données sans fil : il faut, pour survivre en tant que producteur de cette information, attirer l’œil – et l'attirer vite. Entre alors en jeu le designer, qui allié au travail journalistique peut y apporter une plus-value visuelle primordiale. Témoignages de professionnels du graphisme.



Exemple de « datavisualisation », où la présentation visuelle de l'information participe à sa compréhension
Exemple de « datavisualisation », où la présentation visuelle de l'information participe à sa compréhension

« Les gens ont un rapport à l'image qui a évolué. La société consomme l'information à grande vitesse et en grande quantité. » Marion Boucharlat, designeuse de son état, a notamment collaboré avec les journalistes de OWNI, feu le site d'information sur la culture numérique. À ce titre, elle saisit bien l'importance du visuel, à une époque où le texte tend à être fréquemment accompagné, sinon supplanté, par l'image. Autant que l'information, la façon dont elle est donnée à voir est déterminante dans le choix fait par les consommateurs. François Prosper est lui co-fondateur de Wedodata  , une équipe de journalistes et graphistes qui produit de la datavisualisation (voir ci-dessous) pour des clients allant de la SNCF à Arte. Il savoure la légitimité croissante que les designers connaissent au sein même des rédactions. Mais souligne que l'intérêt de leur apport n'est pas nouveau. « L’immédiateté de la lecture visuelle est un atout majeur dans la communication et la compréhension de l'information. Bien utilisé, le graphisme apporte de la clarté et du plaisir au lecteur. On ne peut pas faire plus adapté à la façon actuelle de consommer de l’information. »


La datavisualisation, outil clé de l'ère visuelle ?

Effectué au plus près du journaliste, « pas toujours à l'aise avec la démarche visuelle », le travail du graphiste ne se résume pas à une mise en forme esthétique d'un contenu qu'il ne produit pas. D'après Marion Boucharlat, « le graphiste est un facilitateur, un accès aux outils et aux possibilités du visuel. C’est aussi une sorte de rédacteur, capable d’une écriture propre. » Ainsi la datavisualisation, ou représentation visuelle de données, associe forme et contenu, pour rendre simples et accessibles des quantités parfois importantes d'information. « Quand cette information est chiffrée, complexe, ou que son organisation se révèle une information en soi, elle [la datavisualisation, NDLR] devient un outil indispensable », affirme François Prosper. Cette collusion des travaux de graphisme et de production de contenu mène à la question vitale de l'organisation du travail. « Pour ma part j’ai toujours défendu la place du designer au sein même de la rédaction. Il faut être au plus près du journaliste pour pouvoir avoir une chance de faire un travail efficace, dans des délais restreints par nature. »

Puisque les deux métiers ont un objectif commun, l'idée de les opposer paraît désuète au co-fondateur de Wedodata. « Pour moi, le terme de designer correspond à un métier appelant des compétences, un savoir-faire. Le terme de journaliste renvoie plus à une démarche : on peut être journaliste photographe, rédacteur, rubricard, éditorialiste… Le point commun est la diffusion de l’information. Posé dans ces termes, il n’y a pas d’obstacle à être un journaliste designer. » Cette double étiquette, plébiscitée par le directeur de la prospective et de la stratégie numérique chez France Télévisions Eric Scherer dans un article référence  paru en novembre dernier, désigne peut-être le futur métier phare de l'information en ligne.

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