ASSISES 2017

,La vidéo live : « Pouvoir le faire ne veut pas dire qu’on doit le faire »


08/04/2017
Suzon Tisseau

Les nouveaux outils du journalisme sont nombreux et les technologies permettent au reporter d’être toujours plus polyvalent. En télévision, le matériel est de plus en plus nomade. Avec des outils tels que Facebook Live ou Périscope, la production et la diffusion d’information bénéficie d’un terrain radicalement différent du traditionnel. Ce nouveau contexte implique une réflexion sur l’éthique des nouvelles pratiques journalistiques.



Comment couvrir un événement visuellement et en direct ? L’utilisation de la vidéo live fascine pour la facilité avec laquelle elle est mise en œuvre, et sa démocratisation sur les réseaux sociaux. Mais elle peut également être dangereuse e se doit d’être utilisée avec précaution. Pour Joanna Geary, « il ne faut pas penser la vidéo live comme une nécessité mais comme un complément ». Elle ne doit pas non plus répondre à un voyeurisme malsain. À l’époque où l’on a tendance à se précipiter sur son smartphone pour partager une information, la décision de mettre en place ou non un live doit correspondre à une réelle logique d’enrichissement de l’information. Pour Mark   Frankel, rédacteur en chef des médias sociaux pour la BBC, il faut faire la différence entre un « bon journalisme », à l’information enrichie, et le « partage d’une vidéo montrant un moment juste captivant mais sans contenu, sans explications ».

SPECTRE, la formule magique ?

Présente au Festival international du journalisme  à Pérouse, Sue  Llewellyn   expose sa méthode en sept lettres pour réaliser un live avec un maximum de précaution : SPECTRE. S pour sécurité, P pour (vie) privée, E pour Éthique, C pour copyright, T pour troll, R pour risque, et enfin E pour (traumatisme) émotionnel. La consultante en stratégie digitale insiste sur la nécessité de prendre en compte les aspects émotionnels et affectifs qui pourraient découler d’un direct. Pour Sue Llewellyn, il est également primordial que le journaliste s’assure de la sécurité des personnes apparaissant sur la vidéo ainsi que de sa propre sécurité : dans certains contextes, il faut éviter que le lieu soit reconnaissable. En outre, quel que soit le contexte, le smartphone était plus discret qu’une caméra, « il est important, moralement, de prévenir les personnes concernées qu’on filme en direct », précise Mark Frankel.

Un direct audiovisuel plus complexe que la télévision

La diffusion de la vidéo live diffère elle aussi de la diffusion traditionnelle, télévisée. Sue Llewellyn affirme clairement : « L’audience, c’est prioritaire avant de penser à quoi que ce soit d’autre ». Il faut donc réfléchir en amont, pour définir le contenu qui pourra ou devra être partagé, mais aussi pendant le tournage et à sa suite. La vidéo sur le web comporte en effet une autre dimension que le direct télévisé : le support permet la réaction en direct, le commentaire, et met fin à une information linéaire « one-to-many ». Un terrain supplémentaire, sur lequel le journaliste doit veiller via la modération au respect sans porter atteinte à la liberté d’expression, est donc à prendre en considération. Les précautions à prendre sont nombreuses pour une pratique éthique de la vidéo live. Sue Llewellyn conclut : « dans le live, il ne s’agit jamais d’être le premier, il s’agit d’être juste ».

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