ASSISES 2017

Les trois commandements du data-journaliste


08/04/2017
Nicolas JOLY

A la fois enquêteurs de terrain et rats de bibliothèques numériques, les adeptes du "journalisme de données" transforment jusqu'à plusieurs téraoctets d'informations en éléments visuels compréhensibles par tous. De plus en plus en vogue ces dernières années, et bien que leurs compétences soient appréciées par tous types de rédactions, ceux que l'on appelle data-journalistes prennent aujourd'hui une place cruciale dans le domaine du journalisme d'investigation. Mais que faut-il savoir pour être un bon data-journaliste ?



La mise en forme de données permet de rendre compréhensibles des phénomènes complexes, on parle de data-visualisation (crédit photo: Nicolas Joly)
La mise en forme de données permet de rendre compréhensibles des phénomènes complexes, on parle de data-visualisation (crédit photo: Nicolas Joly)
Depuis quelques années, les données sont tendance. Entre 2012 et 2017, le nombre de recherches sur Google pour le terme "big data analytics" a en effet fortement augmenté (voir graphique ci-dessous). Le monde du journalisme n'échappe pas à ce phénomène et a vu émerger une nouvelle catégorie de journalistes, adeptes des chiffres et des graphiques : les data-journalistes. Pour devenir l'un de ces journalistes ultra-modernes et de plus en plus recherchés par les rédactions, du Monde aux Echos, il faut tout de même suivre certaines règles.

Travailler en coopération

Le métier de data-journaliste implique parfois le traitement de quantités de données trop importantes pour une personne seule, c'est le "Big data". Il faut donc coopérer, parfois entre plusieurs rédactions (crédit photo : Nicoals Joly)
Le métier de data-journaliste implique parfois le traitement de quantités de données trop importantes pour une personne seule, c'est le "Big data". Il faut donc coopérer, parfois entre plusieurs rédactions (crédit photo : Nicoals Joly)
SwissleaksPanama papersFootball leaks, toutes ces affaires ont une chose en commun : les données. Dans le cas des Panama papers, ce sont plusieurs téraoctets de fichiers bancaires qui ont dû être épluchés par quelques 370 journalistes, afin de dévoiler l'un des plus gros scandales d'évasion fiscale au monde. Ces journalistes, membres du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), ont passé un an à lire, analyser et répertorier les informations fournies par une source anonyme. Il faut donc, pour être un data-journaliste efficace, être capable de travailler en coopération avec d'autres journalistes, ou d'autres professions au sein de sa rédaction, comme les graphistes qui prennent en charge la mise en image des données. Comme l'a évoqué Mar Cabra, en charge de l'unité de recherche et de données de l'ICIJ, dans une conférence consacrée au data-journalisme, "la clé de ce succès c'est la coopération. Il a fallu répartir le travail de traitement des données entre une centaine de rédactions, dans plusieurs pays différents, et ce pendant un an. C'était vital d'arriver à coordonner nos efforts pour être efficaces."

Organiser son travail

Les data-journalistes travaillent selon un protocole de recherche et d'analyse qui requiert d'eux une organisation poussée (crédit photo : David Unal)
Les data-journalistes travaillent selon un protocole de recherche et d'analyse qui requiert d'eux une organisation poussée (crédit photo : David Unal)
Afin d'en savoir plus sur les pratiques des data-journalistes, les chercheurs Miko Lorenz et Bahareh Heravi ont mené une enquête auprès de 152 d'entre-eux. Celle-ci révèle que les trois tâches qui prennent le plus de temps aux data-journalistes sont, dans l'ordre, l'analyse, la récolte (par des entretiens ou des enquêtes) et le nettoyage des données, c'est à dire leur mise en forme pour permettre un traitement optimal. En comparaison de ces procédés, qui peuvent paraître quelque peu routiniers, les tâches plu créatives comme la rédaction des articles et la mise en forme des données sont une partie bien plus infime du travail des data-journalistes. Pour être efficaces, ils doivent donc organiser leur production de façon très méthodique, afin de ne pas se perdre entre les différentes étapes de traitement des données. Mais le data-journalisme étant encore une profession en pleine émergence, il est utile pour les chercheurs de faire appels aux principaux intéressés afin de regrouper leurs expériences et leur regard sur leur métier. Miko Lorenz et Bahareh Heravi sont ainsi également à l'origine d'un document collaboratif : le Perugia pledge.

Être prêt à en apprendre plus

Selon la même étude, 53% des data-journalistes interrogés possèdent un diplôme de niveau master ou équivalent et 38% sont titulaires d'un bachelor ou d'un diplôme d'université. Le data-journalisme semble donc être une branche du journalisme particulièrement exigeante en matière de diplômes. Pourtant, 73% de ces mêmes data-journalistes se déclarent intéressés par une formation complémentaire sur le traitement de données. Ils sont donc prêts, malgré leur niveau d'éducation important, à en apprendre plus sur une profession dont ils sont déjà les rares experts. Il est en effet important de se tenir à la page, car des nouveaux outils se développent tous les jours. Google, notamment, a récemment mis à disposition plusieurs outils de traitement de données comme My maps  et Fusion tables, avec l'avantage de permettre le travail collaboratif de plusieurs utilisateurs.

 
Exemple de carte réalisée à l'aide de Google My maps

Lu 136 fois
Notez








Derniers tweets
Plus que 10 jours pour s'inscrire au concours d'entrée @EJDGrenoble ! Pour pratiquer les nouveaux formats, mais aussi les interroger!
Vendredi 14 Avril - 09:05
RT @david_unal: La team @EJDGrenoble sur le retour de Perugia. Fin du @journalismfest. C'était grandiose! #ijf17 https://t.co/i7Zv86UERW
Dimanche 9 Avril - 18:39
Merci de nous avoir suivi cette semaine à #ijf17! D'autres articles et vidéos à venir: trolling, sur la protection… https://t.co/dmh2TuzqfJ
Dimanche 9 Avril - 18:37