ASSISES 2017

Que change internet dans les enquêtes sur la mafia ?


07/04/2017
David Unal

Enquêter sur la mafia n'est pas un travail nouveau pour les journalistes. En Italie, l'IRPI est une association qui les accompagne dans leurs investigations sur la fraude internationale, la corruption, etc. L'arrivée de nouvelles technologies facilite les enquêtes en permettant notamment aux journalistes d'obtenir de nouvelles informations. Mais internet peut aussi nuir à leur travail et engendre de nouveaux risques.



Le logiciel Tor est utilisé par certains journalistes pour enquêter sur les réseaux mafieux et anonymiser leur connexion (Capture d'écran)
Le logiciel Tor est utilisé par certains journalistes pour enquêter sur les réseaux mafieux et anonymiser leur connexion (Capture d'écran)
Une enquête sur la mafia débute "toujours au niveau local, sur le terrain, avec des personnes et des journalistes locaux", explique Cecilia Anesi, co-fondatrice de l'IRPI (Investigative reporting project Italy). Le travail des journalistes se déroule toujours par équipe "de trois ou quatre", avec des membres internationaux, afin d'être plus efficace (les réseaux mafieux traversent les frontières).
 
Si une partie de ce travail fastidieux débute sur le terrain, il est toutefois indéniable que les nouvelles technologies apportent aux journalistes de nouveaux outils dans leurs enquêtes. Lors de ses investigations sur les jeux en ligne gérés par la mafia, Matteo Civillini, journaliste membre de l'IRPI, a étudié en détail les connexions entre ces multiples sites. "Ils sont souvent localisés en Bulgarie, en Roumanie ou à Malte, là où la législation est plus opaque. Mais il est tout de même possible de collecter des données pour savoir qui (ou quelle société) contrôle quel site internet, notamment grâce à l'enregistrement du nom de domaine". En effet, certains outils disponibles gratuitement permettent de réaliser cette opération très rapidement. Ainsi, de fil en aiguille, les journalistes peuvent collecter des données, étudier les systèmes mis en place par la mafia et comprendre comment l'argent circule. Matteo ajoute : "Internet est un formidable outil car c'est une porte d'entrée pour suivre les flux financiers."
 
Les nouvelles technologies permettent aussi de consulter des bases de données et des rapports en ligne. Dans son enquête sur une institution internationale, Craig Shaw, journaliste freelance, a pu consulter et étudier de nombreux rapports. Tous publics. "C'est très utile et ça prend seulement quelques minutes, mais peu de personne le font". Ainsi, il a pu démontrer qu'un ambassadeur n'avait aucun lien avec le pays qu'il représentait aux Nations Unies.

Avancer masqué

Avec le développement de logiciels, les journalistes peuvent se protéger des réseaux mafieux en utilisant des outils d'anonymisation, comme Tor, pour travailler en toute sécurité. Matteo Civillini utilise aussi de faux profils sur les réseaux sociaux. Cette anonymisation est utile aussi pour les sources, cela permet de rassurer des informateurs et donc d'obtenir davantage de renseignements sur les réseaux mafieux. L'IRPI développe d'ailleurs ses propres logiciels d'anonymisation. Après la publication de ses enquêtes, Matteo Civillini a été contacté par certaines sources qui ont vu le sérieux de son travail, et qui l'ont aidé dans ses recherches.

La mafia est aussi sur internet

Mais ces nouvelles technologies peuvent aussi devenir une menace. La mafia ne s'en prend plus forcément physiquement aux journalistes, car dans ces situations, la police intervient et des membres de la mafia risquent de terminer en prison. Le vrai risque pour les journalistes est celui d’être isolé et de devenir une cible. D'où le travail en équipe. La mafia utilise maintenant internet pour déstabiliser les journalistes, en les menaçant de poursuites, et en rendant leur travail d'enquête plus complexe, à l'aide des mêmes outils : création de faux profil, anonymisation. Ce qui rend difficile le travail d'enquête sur le terrain, et donc quasi impossible pour les journalistes d'investigation de remonter tout le réseau.
 
Ces nouveaux outils d'investigation sont donc une bonne chose pour les journalistes car ils leur permettent de collecter plus de données et de façon plus sécurisée. C'est le cas pour Matteo Civillini dans les enquêtes qu'il mène en ce moment. Néanmoins, la mafia utilise aussi ces outils contre les journalistes, ce qui rend leur travail plus difficile. Le bilan est mitigé. 

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