ASSISES 2017

Social video : du besoin d’arrêter de penser télévision


07/04/2017
Anja Maiwald

La vidéo pour internet n’est pas la vidéo pour la télévision. Avec les nouvelles technologies et l’hyperconnectivité du public, la façon de consommer l’information a évoluée et pousse les journalistes à repenser les formats audiovisuels. Au Festival international du journalisme 2017, les digital editors Yasir Khan d’Al Jazeera, Nathalie Malinarich de BBC News et Esra Doğramaci de Deutsche Welle exposent leurs visions de la vidéo en ligne.



Montage des contenus web et mobiles de BBC (à gauche), Deutsche Welle (en haut à droite) et Al Jazeera (en bas à droite). / Captures d'écran par Anja MAIWALD, 06.04.17
Montage des contenus web et mobiles de BBC (à gauche), Deutsche Welle (en haut à droite) et Al Jazeera (en bas à droite). / Captures d'écran par Anja MAIWALD, 06.04.17
Des formats courts, sous-titrés, avec musique de fond et qui s’adaptent aux contraintes de l’audience moderne, qui consomme l’information comme du fast-food : rapidement et sur le pouce. Voilà le concept d’une forme encore émergente de vidéos, toujours en cours d’expérimentation, qui conquiert internet depuis maintenant quelques années.
Au Festival international du journalisme, nombre de journalistes travaillant pour les médias dominants du web et du mobile s’accordent pour dire que créer du bon contenu web nécessite d’abord de sortir des standards de la télévision : penser direct, interactivité, 360°, format carré,… Nathalie Malinarich, « mobile and new formats editor » pour BBC News, a fait le choix fort de miser entièrement sur la vidéo verticale. Depuis novembre 2016, la formule « Videos of the day » de l’application mobile tente d’instaurer un « contact beaucoup plus immersif avec le téléphone », explique-t-elle. « Les gens n’ont plus besoin de tourner l’écran et se retrouvent en toute intimité avec les personnages du reportage, on a l’impression de faire une vidéoconférence. » Pour cela, la rédaction choisit tous les jours les huit sujets les plus importants de la journée : de l’actualité chaude, mais dans l’emballage plus ludique des vidéos verticales que l’on fait défiler par un glissement du doigt, à destination des jeunes lecteurs. Esra Doğramaci, qui vient tout juste de rejoindre la Deutsche Welle pour mettre à jour l’offre sur les réseaux sociaux, rappelle que pour rénover les formats proposés, il faut d’abord renouveler et former les équipes. La jeune femme évoque la fracture générationnelle et dénonce les rédacteurs en chef « masculins et blancs d’un certain âge n’ont aucune expérience ni compréhension du numérique ». Elle souligne qu’il faut soi-même « vivre et respirer les réseaux sociaux » pour se rendre compte que les vidéos qui y sont publiés sont aujourd’hui bien plus qu’un lien vers le site hébergeur. « Les internautes ne veulent pas quitter Facebook pour de moins bonnes expériences ailleurs sur le web. »

Être efficace

Pour Yasir Khan, « senior editor » de la vidéo en ligne chez Al Jazeera English, la spécificité de la vidéo en ligne par rapport à la télévision doit être l’accessibilité maximale, celle qui « déplace l’écran que l’on regarde à travers le salon dans notre tête », qui respecte l’intimité et les pratiques individuelles de chaque spectateur. Ancien cinéaste documentariste, Yasir Khan s’est détaché de la télévision après avoir réalisé que ses propres habitudes avaient été bouleversées : « En 2013, je me suis rendu compte que je n’avais pas allumé la télévision depuis des mois. Je commençais des vidéos sur mon ordinateur portable et je les terminais sur ma tablette. Aujourd’hui, entre travail et famille, je profite de pouvoir regarder un documentaire sur mon téléphone au même temps que je couche ma petite fille. » De sa propre expérience, il sait que l’offre web doit s’adapter à la disponibilité de l’internaute : « Je demande quelque chose de très cher aux gens quand je leur demande leur temps. Alors il faut être efficace. » De la même manière, Yasir Khan raconte que l’audience d’Al Jazeera a explosé quand il a commencé à publier des vidéos sous-titrées, qui permettent d’être vues silencieusement, dans le métro ou à la bibliothèque.
 Il n’hésite pas une seconde quant à la pertinence de ce format court et synthétique face au temps long et sonore de la télévision : « Un clip de trente secondes qui montre la souffrance d’un enfant syrien peut être bien plus parlant que n’importe quel documentaire. »

Rivaliser avec des vidéos de chats

De toutes ces manières, les médias d’information peuvent à nouveau toucher un public peu habitué : « Je suis en compétition avec des vidéos de chats ! », rigole Yasir Khan. « Mais pour le journalisme, c’est une bonne nouvelle, parce que nous sommes forcés de produire du meilleur contenu, des nouveaux formats. » Esra Doğramaci a en effet souligné lors de la conférence « Can we all just agree to stop doing TV for the internet ? » que la vidéo en ligne a encore beaucoup de choses à améliorer : faire le tri dans le flot de vidéos qui, selon le dernier rapport Reuters, saturent internet, utiliser plus de data et trouver des formules plus accessibles à ceux qui restent technophobes. Le plus important, sait aussi Nathalie Malinarich, c’est de continuer à expérimenter des formats toujours nouveaux et à évoluer avec les nouvelles pratiques du public : « Il y aura toujours un niveau au-dessus ! »

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